terra incognita

Commissaires : Claire Andrzejczak et Mélanie Tisserant.

Avec Marine CALAMAI, Elina CHARED, Aude COUVERCELLE, Julie DEUTSCH, Alix DESAUBLIAUX, Cyril DURET, Ludovic LANDOLT, Dori LEE, Bruno MARINELLI, Manon POUILLOT

Du néant survient le renouveau. La création est une force puissante et rien ne peut enrayer l’élan qui l’accompagne.

Géologiquement, Terra Incognita est le nom scientifique d’une période de vie de la Terre, située entre le Glaciaire et le Mégalithique. Ce cycle fut marqué par des catastrophes climatiques lors desquelles la mer recouvrit quantité de terres émergées, qui disparurent. Il ne resta pour surfaces habitées que des territoires arides et secs. Ces terres hostiles sont nos déserts d’aujourd’hui.
Au sens figuré, toute matière peut être Terra Incognita pour une personne, si elle excède le champ de ses connaissances. Mais littéralement, le terme n’existe plus. D’ailleurs, il ne semble plus rester de territoires à découvrir en surface. C’est au-delà des apparences et du visible qu’il faut nous diriger. En profondeur ou en hauteur, l’homme s’élance vers des espaces mobiles, sans substance, ou toute relative. Il invente et met en place des imaginaires géographiques.

Dans leurs saisissantes productions, les diplômés de l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy rendent compte de leur appétence pour pointer d’autres mondes.
Ils ont fait le voyage vers leurs imaginaires, leurs fantasmes, à la recherche de territoires fictifs ou réels, inéprouvés et méconnus. L’appréhension des frontières même de ces contrées est incertaine, à l’image de cette plante sauvage, Boussaye, utilisée par les bédouins pour matérialiser les limites symboliques d’une surface mouvante faite de nature et de culture. Une plante qui, sous la croûte de cette surface, laisse apparaître le bulbe, réserve de vie cachée dont il convient de peler les épaisseurs pour en découvrir le cœur.


Cette année, l’exposition des diplômés fait écho au contexte dans lequel elle s’inscrit. Telle une mise en abîme d’un territoire inexploré, elle prend place au sein des nouveaux bâtiments de l’École nationale d’art et de design de Nancy dont les espaces sont à habiter. Mais cette exposition ne se limite pas à la découverte et l’appropriation d’espaces, elle concerne tout autant l’élan, et donc le déplacement, qui l’accompagne. En terminant leurs études les jeunes artistes abandonnent la terre sûre de l’École. Par des itinéraires balisés, sauvages ou à inventer, ils s’élancent vers le monde professionnel. Un vaste univers à explorer et à expérimenter en y projetant tout leur potentiel. 

« Plongez (…) au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau! » 
(Charles Baudelaire, extrait du poème Le Voyage)

 

Boussaye, Julie Deutsch, 2016.

Boussaye. Julie Deutsch 2016